Aire Géographique et Organisations socio-politiques des Yoruba
À la faveur des mouvements humains et autres événements sociologiques dont principalement l'esclavage, les yoruba se sont retrouvés dans plusieurs autres localités dans le monde, différentes de leur aire géographique originelle (Brézil, Cuba, ...). Dans ces nouvelles localités, les yoruba ont développé de nouvelles formes d'organisation socio-politique. Nous ne nous intéresserons pas, dans notre étude, à ces nouvelles aires géographiques et à ces nouvelles formes d'organisation socio-politique. Notre étude portera plutôt sur le monde yoruba ouest-africain.

L'aire géographique yoruba

Toutes les sociétés yoruba seraient issues d'une seule et même localité : La ville d'Ilé-Ifè au Nigéria. Elles se sont ensuite dispersées dans toute la région ouest-africaine, au sud du fleuve Niger. Les yoruba se sont installés dans la région située autour de la ville d'Ilé-Ifè, de Lagos au sud, jusque chez les Mokollé au nord ; et d'Owo à l'est, jusqu'à Atakpamè à l'ouest. Les yoruba sont ainsi partagés entre trois pays d'Afrique de l'ouest (le Nigéria, le Bénin et le Togo).

La plus grande communauté yoruba se retrouve au Nigéria, où ils se constituent en agglomérations de plusieurs millions d'habitants telles que Ibadan et Lagos. Les yoruba du nigéria constituent ainsi la plus grande civilisation urbaine d'Afrique de l'ouest et l'une des plus grandes du continent africain. Ils se retrouvent également au Bénin et au Togo, régions dans lesquelles ils sont plutôt relativement minoritaires. Outre les grandes communautés yoruba du Nigéria, les yoruba sont présents dans les autres régions du Nigéria, sous forme de regroupements plus ou moins importants dans la partie sud-ouest du pays, partie située entre le fleuve Niger et la frontière avec la République du Bénin. Ce sont ces formes de regroupements que l'on retrouve principalement au niveau du Bénin et du Togo. Au Bénin, des communautés yoruba se retrouvent dans la région allant de l'océan Atlantique au sud à la hauteur de Bantè à l'extrême nord de la partie centrale du pays. Au Togo, les régions dans lesquelles on note l'existence de communautés yoruba se présentent comme un prolongement des régions avec de la présence yoruba du Bénin et du Nigéria. Il s'agit en effet de la région située entre l'océan Atlantique au sud et la localité d'Atakpamè en remontant vers le nord du pays. La région couverte par les communautés yoruba en Afrique de l'ouest fait donc environ 650 kilomètres de Lagos au sud jusque chez les Mokollé au nord, et presque autant ou plus d'Owo à l'est jusqu'à Atakpamè à l'ouest.


Aire Géographique Yoruba
Aire géographique Yoruba

Malgré la distance qui s'est créée au cours du temps entre les différentes communautés yoruba et la ville-mère de toutes les communautés yoruba, Ilé-Ifè, et la multitude de systèmes d'organisation socio-politiques qui se s'est créée, plusieurs similitudes demeurent entre les différents modes d'organisation.

Les formes d'organisation socio politique des yoruba

Ilé-Ifè reste la cité mère de toutes les communautés yoruba, et des hommages continuent de lui être rendus à travers les prières. Outre la ville d'Ilé-Ifè, deux autres villes du Nigéria revêtent une importance capitale dans l'histoire des populations yoruba : il s'agit des villes de Benin City, impliquée dans les échanges commerciaux avec les Européens dès le début du XVIIème siècle, et la ville d'Oyo qui a donné son nom à l'ancienne région d'Ulkuny après sa victoire sur ses voisins de la côte pour la maîtrise du trafic des esclaves dans les ports. Les différents regroupements constitués par les populations ayant migrés des villes d'Ilé-Ifè, d'Oyo et de Benin City vers les autres régions du Nigéria, du Bénin et du Togo ont établi en leur sein, des formes d'organisation assez semblables. À l'intérieur de ces formes d'organisation, les cités-États, on retrouve d'autres formes d'organisation de taille plus réduite et présentant aussi une structure interne propre. Il s'agit de sociétés organisées autour d'une croyance religieuse commune : les “sociétés” religieuses.

Les cités-États
Le développement des communautés yoruba à travers la région ouest-africaine a connu plusieurs étapes. Les populations yoruba parties des cités mères se sont constituées en royaumes, avec des organisations internes de fonctionnement bien structurées. Ces royaumes se sont livrés des guerres plusieurs années durant, principalement dans le but de contrôler le commerce des esclaves qui se développait sur les côtes ouest-africaines à l'époque (autour du XVIIème siècle). À la tête de chaque royaume se trouvait un roi, entouré de ministres et divers serviteurs. Les rois étaient choisis au sein de familles bien précises. À Kétou par exemple, il existait cinq familles royales desquelles le roi devait être issu. Le choix se faisait par rotation, d'une famille royale à l'autre. Lorsque le tour était à une famille de désigner un roi, on consultait l'oracle (IFà), qui désignait au sein des membres de la famille royale dont il est le tour d'occuper le trône, le nouveau roi. Une fois désigné, le futur roi devait suivre une série de voyages et de rituels d'initiation et de formation aux nouvelles fonctions qu'il est appelé à occuper. Ces voyages l'amènent dans plusieurs autres contrées yoruba dont la cité-mère, Ilé-Ifè.

Avec l'avènement de la colonisation, et plus tard, de la balkanisation des territoires du continent africain lors de la conférence de Berlin (du 15 Novembre 1884 au 26 Février 1885), les royaumes appartiennent désormais à des États et la plupart s'est transformée en canton, en ville, en communes urbaines, en villages etc. Malgré la relative perte de souveraineté de ces royaumes, les rois ainsi que les différentes formes d'organisation socio politique existent toujours dans les régions ayant abrité les anciens royaumes yoruba. À part le titre de roi qui reste encore assez représentatif de nos jours, les autres titres ne constituent que des distinctions honorifiques, reconnues uniquement par les habitants des différentes localités. Les cérémonies et rituels d'intrônisation de nouveaux rois sont également restés, avec des modifications inhérentes à l'évolution socio-politique du continent.

Les “sociétés” religieuses
Généralement, chaque cité-État s'organise autour du culte d'une divinité. À Oyo par exemple, la divinité vénérée est Ogu, le dieu du fer. La croyance en cette divinité est dirigée par un chef dont le nom diffère suivant la région (Oni à Ifè, Alafin à Oyo etc) et par plusieurs autres sociétés qui jouent des rôles plus ou moins connexes mais ayant tous une relation avec la vie religieuse de la cité-État. Toutes ces sociétés n'ont pas été créées à la même période. Il en existe de très vieilles mais aussi de relativement jeunes. Elles disposent toutes d'une organisation hiérarchique stricte et leurs membres sont unis par un fort lien de solidarité. Les différentes “sociétés” religieuses organisent souvent des cérémonies auxquelles assistent un grand nombre de spectateurs. Les plus répandues dans le monde yoruba de ces sortes de “sociétés” religieuses sont les sociétés d'Égun ou “revenants” et de Guèlèdè. Les Égun représentent les messagers des vivants auprès des disparus alors que les Guèlèdè, société religieuse dédiée aux femmes âgées ou “mères” qui ne peuvent plus concevoir, et réputées détenir à la fois des pouvoirs bienfaisants, favorisant la fertilité, et d'autres malfaisants comme la sorcellerie, traitent avec les forces invisibles.

À côté de ces “sociétés” religieuses formées autour de l'adoration d'une divinité, il en existe d'autres rassemblant des membres qui, en plus de la croyance en une même divinité, appartiennent à la même classe sociale ou pratiquent la même activité professionnelle. Un exemple de ce type de “société” religieuse est celui des chasseurs, toujours associés au mythe de la création du groupe et considérés comme les intercesseurs entre la nature et les hommes. Il y a également l'exemple des forgerons qui adorent le dieu du fer, Ogu.